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L’emploi des jeunes: Renforcement de la formation en alternance

Lundi, janvier 16th, 2006

Ma priorité pour cette deuxième étape, c’est l’emploi des jeunes. Car c’est une exigence sociale absolue. Partons d’un constat lucide, si vous le voulez bien : le chômage aujourd’hui, c’est d’abord pour les jeunes ; près de 23 % de chômage, contre 9,6 % pour l’ensemble de la population. Pour les jeunes sans aucune qualification, nous sommes à 40 % de taux de chômage. Ce sont 618.000 jeunes qui sont aujourd’hui sans emploi. La précarité, c’est d’abord pour les jeunes. A la sortie de leurs études, ils mettent de huit à onze ans avant de trouver un emploi stable. Dans le reste de l’Europe, c’est deux fois moins.

L’immense majorité des jeunes n’est embauché qu’en CDD, en intérim ou en stages non indemnisés qui se succèdent. Le diplôme n’est même plus une protection suffisante : 21 %, c’est le taux de chômage des jeunes de niveau bac + 4, neuf mois après la sortie de leurs études. Tout cela se traduit par des difficultés personnelles, par un accès compliqué voire impossible dans certaines villes au logement, par une autonomie réduite, parfois même des problèmes de santé.

Les jeunes doivent être le moteur de notre pays, ils sont aujourd’hui les victimes du chômage. Ils sont devenus les laissés pour compte de notre société. Ne rien faire, c’est perpétuer une situation inacceptable. L’emploi des jeunes, c’est aussi une exigence économique. En premier lieu parce qu’en 2006, la population active va baisser pour la première fois. Les générations du baby-boom arrivent à la retraite. Nous allons avoir besoin de nouveaux salariés, en particulier dans les secteurs à forte croissance comme la santé, les services à la personne et l’ensemble des services en général, mais aussi l’industrie et le bâtiment. Dès maintenant, nous constatons des pénuries de main-d’œuvre, soit dans certains secteurs, soit dans certaines régions.

En deuxième lieu, parce que nous devons consolider le cercle vertueux entre confiance, croissance et emploi. En définitive, c’est toute notre conception de l’emploi en France qu’il faut changer : il ne s’agit plus de partager autoritairement le travail, mais de faire accéder au marché de l’emploi le plus grand nombre possible de personnes, en particulier les personnes qui en sont éloignées comme les jeunes.

Il ne s’agit plus d’obéir à des logiques restrictives, mais de créer de vraies dynamiques d’emploi. L’emploi crée l’emploi, l’activité crée l’activité, elle redonne confiance dans les capacités du pays. Nous devons donc impérativement accroître l’activité dans notre pays, en offrant plus de choix à chacun.

Nous avons une responsabilité collective : aucune démocratie ne peut accepter de laisser une part aussi importante de ses jeunes confrontés à de telles difficultés. S’il y a tant de peur dans notre société, c’est d’abord parce que nous n’offrons pas d’avenir à tous ceux qui débutent dans la vie. Le chômage d’un jeune, cela concerne tout le monde : les parents, les grands-parents, les amis. Je veux donc que les jeunes sortent de la trappe à précarité pour entrer dans un vrai parcours d’embauche. Car les jeunes doivent avoir un emploi, un vrai emploi, un bon emploi.

Pour avancer vite dans cette direction, le Gouvernement mettra en œuvre dans les prochains jours trois séries de décisions. D’abord sur la formation en alternance, qui est la première étape d’un vrai parcours d’embauche. L’un des problèmes français, c’est l’insuffisante adéquation entre la formation des élèves ou des étudiants et la préparation à un métier.

Je multiplierai les consultations dans les prochaines semaines avec tous les partenaires concernés.

Renforcement de la formation en alternance

Pour l’immédiat, nous devons renforcer la formation en alternance.

J’ai visité il y a quelques jours un institut de formation mettant en œuvre les contrats de professionnalisation. Ces contrats permettent à des jeunes d’acquérir une formation professionnelle tout en ayant des périodes en entreprise : trois mois après la sortie d’un contrat de professionnalisation ou d’un contrat d’apprentissage, 80% des jeunes ont un emploi.

C’est donc bien la voie d’avenir pour permettre aux jeunes de trouver plus facilement un emploi : ils doivent connaître l’entreprise, ils doivent apprendre un métier pour se faire une place plus facilement dans la vie active.

Nous avons fixé un objectif : 500.000 apprentis en 2009, et 200.000 contrats de professionnalisation par an à partir de 2007. Dans les petites entreprises, la formation en alternance se développe bien, mais dans les grandes, la situation reste beaucoup trop modeste, alors que ce sont elles qui sont les mieux structurées pour offrir des formations nombreuses et variées.

Nous avons donc décidé de fixer un objectif quantifié de jeunes en alternance dans les entreprises de plus de 250 salariés : 1 % de leurs effectifs au 1er janvier 2007, 2 % au 1er janvier 2008 et 3 % au 1er janvier 2009. La taxe d’apprentissage sera modulée en fonction du respect de cet objectif.

Deuxièmement, sur les stages : un stage, c’est bien sûr un moyen pour les jeunes de découvrir le milieu professionnel et de se former, mais c’est aussi une chance pour l’entreprise. C’est une motivation, c’est un talent, une imagination nouvelle qu’elle peut utiliser. Je sais qu’il existe des abus et que beaucoup de jeunes effectuent des stages longs sans être rémunérés. Je veux mettre fin à cette dérive.

Le stage doit retrouver son caractère pédagogique et favoriser réellement l’insertion des jeunes actifs. J’ai donc demandé à G. Larcher et à G. de Robien de rédiger une charte des stages, pour définir les bonnes pratiques et en finir avec les injustices. En complément de cette charte, nous voulons mettre en œuvre trois mesures concrètes qui reconnaîtront la valeur des stages.

  • Première mesure : une indemnité obligatoire pour les stages de plus de trois mois. Une franchise de cotisation sociale à hauteur de 360 euros d’indemnité mensuelle par stagiaire permettra à l’entreprise de mieux rémunérer leurs stagiaires.
  • Deuxième mesure : la reconnaissance de tous les stages longs comme un élément de cursus universitaire. J’invite les universités à ouvrir sans délai les travaux pour que ces dispositions puissent être opérationnelles à la rentrée prochaine.
  • Troisième mesure : la prise en compte des stages dans l’ancienneté professionnelle. Je souhaite que les partenaires sociaux ouvrent rapidement des négociations de branche sur ce sujet.

Troisièmement, sur les contrats à durée indéterminée, je veux qu’il n’y ait aucune ambiguïté : le contrat à durée indéterminée doit être notre objectif pour tous les jeunes.

Nous devons sortir de cette situation dans laquelle tout ce qui est court et précaire, c’est pour les jeunes et tout ce qui est long et stable, c’est pour les autres.

J’ai donc pris deux décisions : une décision, d’abord, pour régler la situation de ces jeunes qui sont au chômage depuis plus d’un an et qui désespèrent de trouver un emploi. Vous savez qu’à ma demande, l’ANPE a reçu individuellement, entre mi-juin et fin septembre, les 57.000 jeunes dans cette situation ; ces entretiens individuels mensualisés commencent à se mettre en place pour tout le monde.

A la fin de l’année, ils deviendront la règle à l’ANPE. C’est la meilleure façon de responsabiliser chacun. Le conseiller est toujours le même et il doit accompagner le demandeur d’emploi jusqu’à ce qu’il retrouve un travail. Pour appuyer cet effort du service public de l’emploi, j’ai décidé d’étendre le bénéfice des mesures prévues dans le contrat jeunes en entreprise, qui sont aujourd’hui réservées aux jeunes sans qualification, aux 240.000 jeunes qui, à la date où je parle, sont au chômage depuis plus de six mois.

Tous ceux qui seront embauchés en contrat à durée indéterminée avant la fin de l’année, quelle que soit la nature du contrat à durée indéterminée, seront totalement exonérés de charges patronales pour trois ans. Comprenons bien qu’il ne s’agit pas d’une dépense brute, mais d’un véritable investissement pour l’avenir. Permettre aux jeunes d’avoir accès à un emploi stable, c’est développer l’activité et renforcer notre croissance économique. Ces exonérations seront d’ailleurs financées par redéploiement.